Ségou, au cœur du bassin agricole malien. Dans les périmètres irrigués de l’Office du Niger comme dans les exploitations maraîchères autour des villes et des villages, l’agriculture fait vivre des milliers de familles. Mais produire ne suffit pas : pour mieux gagner leur vie, les producteurs doivent aussi pouvoir conserver, transformer et vendre leurs récoltes à des acheteurs réguliers.
Le riz, locomotive de la filière agricole
Le riz reste l’une des principales richesses agricoles de la région. Selon les premières projections de l’Enquête agricole de conjoncture 2025, la production nationale de riz paddy — le riz non décortiqué — est estimée à 2 882 502 tonnes, sur environ 871 261 hectares. La région de Ségou contribuerait à plus de 28 % de la production nationale, notamment grâce à l’Office du Niger et à d’autres périmètres aménagés.
Pour la campagne 2026-2027, les objectifs annoncés pour la seule zone de l’Office du Niger sont de 928 860 tonnes de riz paddy. Il s’agit d’un objectif de campagne, et non d’une récolte déjà réalisée. Ces volumes montrent le potentiel de la région, mais aussi l’importance de disposer de débouchés fiables pour les producteurs.
Les acheteurs sont variés : collecteurs et commerçants, décortiqueurs, rizeries, grossistes, détaillants et institutions qui achètent pour l’approvisionnement ou l’aide alimentaire. Pourtant, le producteur ne bénéficie pas toujours du meilleur prix. Les coûts de production, le transport, l’accès aux intrants et le manque de stockage peuvent l’obliger à vendre rapidement après la récolte, lorsque l’offre est abondante.
Le maraîchage : des revenus plus fréquents, mais des ventes parfois difficiles
À côté du riz, le maraîchage permet aux exploitations de diversifier leurs revenus. Les producteurs approvisionnent notamment les marchés en légumes et en produits frais, tandis que les commerçantes, détaillants, restaurants et consommateurs urbains constituent des débouchés importants.
Mais ces produits se conservent moins longtemps que le riz. Sans transport adapté, stockage au frais ou acheteurs organisés, une partie de la récolte peut se détériorer avant d’être vendue. Les producteurs peuvent alors subir une baisse des prix, surtout lorsque plusieurs exploitations récoltent au même moment.
Pour comprendre précisément la rentabilité de cette filière à Ségou, il faut comparer, pour une même culture, le coût des semences, de l’eau, des engrais et de la main-d’œuvre au prix réellement payé au producteur. Ces montants varient selon la saison, la localité et les conditions d’accès à l’eau : il serait trompeur d’avancer un chiffre unique sans enquête de terrain.
Transformer localement pour créer davantage de valeur
Une autre piste consiste à transformer une partie des récoltes sur place. Pour le riz, le décorticage, le tri, le conditionnement et l’étuvage peuvent améliorer la présentation du produit et faciliter sa vente aux commerçants et aux consommateurs. Pour les produits maraîchers, le séchage ou la transformation en produits conservables peut aider à réduire les pertes et à vendre au-delà de la période de récolte.
L’enjeu est aussi celui de l’emploi. Les unités de transformation peuvent offrir des activités aux jeunes et aux femmes, tout en reliant plus directement les producteurs aux acheteurs. Mais elles ont besoin d’équipements, d’électricité ou d’énergie fiable, de fonds de roulement et de contrats commerciaux réguliers.
Des chiffres à compléter sur le terrain
Les données disponibles montrent le poids du riz dans l’économie agricole de Ségou. En revanche, elles ne donnent pas ici de chiffres régionaux vérifiés sur les volumes de légumes, les prix payés aux producteurs ou les marges des transformateurs. Pour publier ces informations sans approximation, il faut recueillir les données directement auprès des producteurs, des marchés et des acheteurs.
Une enquête auprès de cinq producteurs, trois commerçants ou collecteurs et deux unités de transformation, dans au moins deux localités, permettrait de documenter le prix au champ, les frais de transport, les pertes et le prix de revente. Les chiffres obtenus doivent être datés et rattachés à une culture précise.
Le défi : mieux relier producteurs et acheteurs
La filière agricole de Ségou dispose d’atouts importants : des terres irriguées, des producteurs expérimentés et une demande pour les produits locaux. Pour que ces atouts se traduisent en revenus plus stables, les acteurs interrogés mettent en avant plusieurs besoins : accès régulier aux intrants, stockage, transformation, information sur les prix et contrats plus directs entre producteurs et acheteurs.
À Ségou, le potentiel ne se mesure donc pas seulement en tonnes récoltées. Il se mesure aussi à la part de la valeur qui reste dans les mains des producteurs et des transformateurs locaux.
Note de rédaction : les chiffres nationaux de 2025 et l’objectif 2026-2027 cités ci-dessus proviennent de publications disponibles; l’objectif de l’Office du Niger ne doit pas être présenté comme une production déjà obtenue. Sources : CARD – données rizicoles du Mali ; Bamada – lancement de la campagne agricole 2026-2027.

